Depuis de nombreuses années, je développe un travail autour du bois, sous forme de trompe-l’œil géométriques, où la perspective devient un outil de construction autant qu’un moyen de questionner la perception. Mes œuvres se présentent comme des surfaces murales, mais se révèlent pleinement dans le déplacement du regard et du corps du spectateur.
Après mon installation dans le Gard en 2016, mon travail s’est enrichi de matériaux étroitement liés à leur territoire d’origine. J’ai ainsi découvert l’histoire de la toile « de Nîmes », devenue le denim, que j’ai progressivement intégré à mes œuvres. En 2019, lors des Journées du Patrimoine local, une autre matière s’est imposée à moi à travers l’histoire du nom de mon village : Cardet, un nom directement lié au travail de la laine. Issu du verbe « carder », il évoque le geste ancestral consistant à aligner les fibres dans le même sens afin de créer un fil.
Cette attention portée aux matériaux de proximité s’inscrit dans une volonté de cohérence et de surcyclage (upcycling) : j'utilise du bois de récupération ayant servi à la construction et du vieux denim que je collecte. Réutiliser ces matières, c’est limiter les transformations industrielles et inscrire l’œuvre dans un contexte réel, tangible, presque familier.
Au cœur de ce processus, j'emploie la technique du bois brûlé (Shou Sugi Ban). Par le feu, la matière ne disparaît pas : elle se transforme et se renforce. Cette résilience du matériau, marqué par son passé mais sublimé par la carbonisation, devient une composante essentielle de mes compositions.
Lors des expositions, les photographies de mes œuvres produisent souvent une déformation de l’image : un autre dessin apparaît à l’écran, différent de celui perçu physiquement. Ce phénomène optique, presque accidentel, est devenu un point de départ conceptuel. Il révèle une métaphore essentielle à mon travail.
Les notions de « perspective » et de « point de vue » sont profondément ambivalentes. Elles traversent la géométrie, mais aussi l’histoire, la politique et les relations humaines. J’introduis souvent mon travail par une expression volontairement simple : « parfois, il faut changer de point de vue pour voir les choses autrement ». Derrière cette banalité apparente se cache une réalité complexe.
Dans mes œuvres, un élément perçu comme petit peut devenir plus grand qu’un autre selon l’angle d’observation. Des lignes convergentes peuvent se transformer en lignes divergentes par un simple déplacement. Ce jeu reste purement géométrique, mais il fait écho à notre manière d’appréhender le monde : les œuvres s'installent au mur comme des tableaux, mais se regardent comme des sculptures.